Nikos Kazantzaki
Le grand écrivain et penseur grec Nikos Kazantzaki est mort il y a
quarante ans, le 26 octobre 1957.
A l'occasion de cet anniversaire, la Société des amis de
Nikos Kazantzaki1 a organisé des manifestations dans le monde
entier, ouvertes par un colloque tenu à Genève en
février dernier.
Le Journal Français lui a déjà consacré un
article dans son numéro 3 de mai 1991.
Pourquoi revenir dans nos colonnes sur cet auteur grec né au
dix-neuvième siècle? D'abord pour ses relations avec la
France et notre culture. Mais surtout pour son actualité.
Nikos Kazantzaki et la France
Kazantzaki est venu en France, à Paris, pour la première fois
en 1907, à 24 ans, pour poursuivre ses études après
avoir «fait son droit» à Athènes. Né en
Crête, il avait appris le français dans une école
catholique de l'île Naxos où sa famille s'était
réfugiée lors de la grande insurrection des Crétois
contre les Turcs.
A Paris, où il resta deux ans, Kazantzaki suivit, entre autres, les
cours d'Henri Bergson au Collège de France et il découvrit
l'¦uvre de Nietzsche.
Il devait revenir et séjourner plusieurs fois en France
jusqu'à la deuxième guerre mondiale.
En 1947, il est nommé conseiller en littérature à
l'UNESCO à Paris, chargé du service des traductions. Il
occupera ce poste pendant un an. L'année suivante, il s'installe
à Antibes qui sera sa dernière résidence, la base de
ce grand voyageur et le lieu où il écrira une grande partie
de son ¦uvre romanesque et sa magistrale autobiographie la Lettre au
Greco.
Nikos Kazantzaki, imprégné de culture française,
était, entre autres, un grand admirateur de Paul Valéry. Il a
écrit deux livres en français Toda Raba - Moscou a
crié et Le Jardin des rochers et il a par ailleurs traduit en grec
des ¦uvres de Bergson et Jules Verne.
Actualité de Nikos Kazantzaki
Mais plus qu'une référence aux relations étroites et
multiples de Nikos Kazantzaki avec notre pays et sa culture,
demandons-nous, quarante ans après sa disparition, ce qui pourrait
le rendre actuel.
Kazantzaki, le Crétois né sous l'occupation turque,
élevé dans la religion orthodoxe, nourri de culture
occidentale mais aussi attiré par le bouddhisme, est un pont entre
l'orient et l'occident. A Tolède il associera l'¦uvre du
peintre crétois El Greco et l'architecture arabe. Grand voyageur,
exilé, cet internationaliste militait pour l'amitié entre les
hommes et la solidarité entre les peuples. C'est à partir de
ce dernier thème qu'il lança en 1946, à la BBC, un
appel aux intellectuels pour «une internationale de l'esprit».
Opposé aux dogmes et aux sectarismes, peu indulgent envers les
églises, scandalisé devant la misère, Kazantzaki,
très exigeant vis-à-vis de lui-même aurait aimé
que chaque homme le soit et se fixe toujours un but élevé
dans la vie face à un hédonisme dont il pressentait la venue.
La quête de toute sa vie fut la recherche de la liberté et de
ce qu'il appelle quelquefois la sainteté et qui n'est qu'exigence et
montée permanente; «Dieu est un chemin montant»
écrivait-il.
Kazantzaki, déçu par le matérialisme exclusif de la
toute nouvelle révolution soviétique qu'il avait cru
libératrice, arriva, au sommet de sa démarche philosophique,
à une synthèse de l'esprit et de la matière,
prédominance du spirituel et amour de la nature. Certains font de
Kazantzaki un des précurseurs de l'écologie.
Riche, exigeante et universelle, la pensée de Kazantzaki peut
être une réponse aux interrogations philosophiques et
existentielles de notre époque.
Le Cercle Condorcet de Genève a tenu, il y a deux ans, un grand
colloque sur «la tolérance ou la liberté ?». Les
actes de ce colloque sont sortis aux éditions Complexe.
«Tolérance, éducation, démocratie, liberté
sont autant de mots qu'ont brandis Voltaire et Condorcet au siècle
des Lumières, mais deux siècles plus tard, ne sont-ils pas
devenus trop souvent les éléments oubliés d'un
décor quotidien ?
«La tolérance, écrivait déjà Suard
à Condorcet, n'est que la vertu des indifférents et le cri
des opprimés.»
Michel COMTE |